En Argonne et devant la tombe d’Edouard Reynier.

Publié le par Souvenir Français


Reynier

 

Le sergent Edouard Reynier.

 

Une frontière naturelle.

 

L’Argonne est une région vallonnée, boisée, dont les collines atteignent une hauteur d’environ trois-cents mètres. Difficile d’accès, l’Argonne est située à cheval sur les départements de la Marne (haute vallée de l’Aisne) à l’ouest, la Meuse (vallée de l’Aire) à l’est et les Ardennes au nord.

 

L’Argonne peut être considérée comme une frontière naturelle entre le Bassin parisien et le Barrois. Celle-ci a d’ailleurs plutôt bien fonctionné au cours des siècles, arrêtant, du moins retardant, la progression des tribus puis des troupes ennemies. En 1791, sur les hauteurs de Valmy, les régiments Kellerman et Dumouriez de la toute jeune République française remportent une victoire retentissante sur les Prussiens, déjà, et sur l’Armée des émigrés.

 

Au cours du premier conflit mondial, l’Argonne joue une nouvelle fois son rôle d’obstacle. Les Français et ses alliés s’en servent comme l’un des points de la contre-attaque contre les Allemands à la fin de l’année 1914, mais pour peu de succès. C’est à l’issue de cette offensive que le Grand Quartier Général admet qu’une victoire rapide est illusoire. Les hommes de Guillaume II se sont puissamment fortifiés et barricadés dans leurs tranchées.

 

En septembre 1915, les armées françaises sous la direction du général de Castelnau repartent à l’attaque des lignes du IIème Reich. En dépit d’un déluge de bombes sur les positions ennemies, les régiments sont cassés les uns après les autres, hachés par les batteries d’en face. En quelques jours, les Alliés perdent près de cent-quarante-mille hommes.

 

Trois années plus tard, à l’automne 1918, une nouvelle offensive est décidée. Sous le commandement de Ferdinand Foch, nommé maréchal et responsable de la globalité des forces alliées, les Américains du général Peshing, appuyés par la IVème Armée du général Henri Gouraud, lancent l’attaque. Rapidement les Alliés gagnent du terrain : en peu de jours, ils progressent de quinze kilomètres. Au début du mois de novembre 1918, les lignes allemandes s’effondrent. Sedan redevient une ville française le 6 novembre. Au prix de vingt-six-mille tués, les hommes de l’United States Army participent glorieusement à la victoire finale contre l’armée de Guillaume II.

 

 

Edouard Reynier.

 

Le limousin Edouard Reynier voit le jour le 10 octobre 1890 à Brive, en Corrèze. Au commencement de la Première Guerre mondiale, il est affecté au 150ème régiment d’infanterie, dont la caserne se trouve à Saint-Mihiel, dans la Meuse. L’unité dépend du 6ème corps d’Armée et de la 40ème division d’infanterie. En janvier 1915, le 150ème est envoyé en Argonne pour tenir les bois de la Grurie, dans le secteur de Bagatelle (qui deviendra le surnom du régiment).

 

Pour mémoire, la Délégation générale du Souvenir Français a publié il y a quelques semaines, sur ce même site, des lettres d’Henry Lange, de Neuilly-sur-Seine, qui était lui-aussi du 150ème RI.

 

L’histoire du 150ème, écrite par un soldat anonyme, a été retrouvée et numérisée : « 1915 : période à jamais mémorable dans l'histoire du régiment. Pendant sept mois, sous les pluies et dans les boues d'Argonne, sur un terrain que la poussée de l'ennemi empêche d'organiser convenablement, le 150ème  soutient victorieusement une lutte incessante contre des troupes puissamment outillées et entraînées à la guerre de siège. A ses nombreuses mitrailleuses et à ses obusiers du début de la campagne, l'ennemi ajoute des engins nouveaux : lance-bombes, lance-mines, pétards, grenades à fusil. Les Français n'ont ni matériels, ni canons de tranchées ; pour tenir tête à l'ennemi, le régiment ne doit compter que sur la bravoure de ses soldats, la valeur et l'abnégation de ses cadres. Une lutte effroyable se poursuit, chaque jour renaissante, assauts impétueux, corps à corps furieux, progression pied à pied, mètre par mètre, défense obstinée d'infimes lambeaux du sol de la Patrie. Attaques et contre-attaques se succèdent sans trêve ni repos et le régiment dispute avec acharnement, à l'envahisseur, un sol bouleversé que les sacrifices de chaque jour rendent chaque jour plus cher. Dans les combats de Bagatelle, nos braves, nos simples soldats de France, sans forfanterie et sans gloire apparente supportent les pires épreuves et réalisent les plus merveilleux faits d'armes. »

 

Le 1er mai 1915, le 150ème RI subit une énième attaque, « d’une violence inouïe » (Journal de Marche du régiment). Après un bombardement intense des premières lignes françaises, les Allemands attaquent en masse. Nos hommes n’ont pas prévu un tel déluge de feu. Ils ne sont équipés que de bombardes et de « pétards », et encore quelques sacs seulement. Rapidement les fantassins ennemis prennent pied dans les boyaux de la première ligne. Aux prix d’exploits isolés et d’un courage dépassant l’entendement, les « biffins » du 150, bientôt appuyés par des renforts des 272ème et 154ème, repoussent les Allemands à coups de fusils et de baïonnettes : « Le capitaine Juge, debout sur le parapet, un pistolet dans la main droite et une grenade dans la gauche, hurle : « Mes enfants, courage, tenez, tenez toujours !». Le lendemain, les officiers s’occupent à remettre de l’ordre dans les « unités forcément mélangées » et en état les fortifications françaises.

 

Les pertes sont évaluées le 3 mai : un officier tué, trois blessés et un disparu ; six sous-officiers tués, trente-quatre blessés et sept disparus ; trente-sept fantassins tués, trois-cent-soixante-et-un blessés et cent-quarante-cinq-disparus. Plusieurs compagnies du 150ème sont anéanties. Le 6 mai, alors qu’il vient de décorer le sergent-bombardier Reynier pour son action dans l’attaque du 1er, le colonel de Chéron, commandant le régiment, est tué par un éclat d’obus. Dernier à quitter le secteur pour la relève, il a laissé passer devant lui la totalité des hommes.

 

Le 150ème RI reprend position quelques jours plus tard. Les échanges de coups de feu sont quotidiens. Le 13 mai 1915, à l’occasion d’un nouvel accrochage, le sergent Edouard Reynier est tué avec deux autres hommes du 150ème RI. Il est placé dans un cimetière militaire.

 

 

Le 11 novembre 2007.

 

Quelques années plus tard, le corps du sergent Edouard Reynier est rapatrié dans un caveau familial sur la commune de Puteaux. Comme il se doit, la famille fait apposer sur la tombe la mention « Mort pour la France ». Puis, la concession vient à échéance. Le Comité de Puteaux du Souvenir Français propose alors le transfert du corps du sous-officier dans le carré militaire. Demande acceptée par la municipalité et réalisée par les services de l’état-civil et du cimetière.

 

Ainsi, au matin du 11 novembre 2007, quatre-vingt-douze ans après sa mort, le soldat retrouve ses camarades de combat pour un repos éternel au cours d’une cérémonie particulièrement émouvante, en présence de Joëlle Ceccaldi-Reynaud, députée-maire de la ville, Den Marais-Hayer, présidente du comité du Souvenir Français, le colonel Pierre de Keraudren, secrétaire général adjoint du comité national, André Labour, délégué général de l’association pour les Hauts-de-Seine.

 

 

Reynier 004

 

Devant la tombe d’Edouard Reynier, de gauche à droite au premier plan : Den Marais-Hayer, un policier, Joëlle Ceccaldi-Reynaud.

 

 

Den Marais-Hayer 

 

Sources :

 

·         Histoire du 150ème RI, Anonyme, Frémont, sans date. Retrouvé et numérisé par Jérôme Charraud.

·         Journal de marche du 150ème RI.

·         Pierre Miquel,  La Grande Guerre, Fayard, 1983.

·         Pierre Miquel, La Grande Guerre au jour le jour, Fayard, 1998.

·         Allain Bernède, Les combats oubliés d’Argonne, 14-18 Editions, 2007.

·         Encyclopédie Wikipédia.

·         Encyclopédie Larousse.

 

Publié dans Le souvenir Francais

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